Les rochers, éboulis et cavités

Les rochers continentaux, éboulis et sables ont en commun une présence minérale forte associée à une couverture végétale faible. Leur aspect insolite explique que ces milieux aient longtemps été jugés comme des lieux sans grand intérêt, à aménager voire à éradiquer.
Leur étude montre au contraire qu’ils peuvent héberger une faune et une flore étonnante.

Du 1er juin au 13 octobre 2013: associations, collectivités et entreprises se... Lire la suite

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Des milieux qui dépendent du contexte géologique

Les milieux rocheux présentent des caractéristiques différentes, principalement en raison de la nature des roches qui les composent. Les formations végétales qui s’y rencontrent sont dites pionnières, correspondant aux premiers stades de colonisation d’un milieu.

  • Les éboulis présentent des surfaces partiellement végétalisées, installées sur des amas plus ou moins instables de pierres, blocs, galets ou débris rocheux. Généralement engendrés par l’érosion, ils occupent des versants de vallées : les éboulis résultent d’une accumulation régulière de fragments rocheux issus du démantèlement de rochers, pour former des talus en équilibre précaire. En Picardie, des éboulis crayeux se forment en particulier le long des vallées alluviales de la Somme et de l’Oise où le cours d’eau a érodé le plateau de craie, ainsi que dans le Pays de Bray. Parmi les sites emblématiques, citons Frise et Bourdon dans la Somme, Tupigny dans l’Aisne et Creil dans l’Oise.
  • La Hotte du DiableLes rochers de grès et les sables résultent des dépôts marins du temps où la Picardie était sous les eaux. Avec le temps, les grains de sable se sont cimentés par un mélange de silice et de calcaire, pour former le grès. Les dalles de grès ont ensuite été disloquées par l’érosion qui a donné naissance à des rochers isolés. Les rochers, caractérisés par une faible couverture végétale (mousse ou lichen), sont généralement imbriqués avec d’autres milieux : pelouses, landes ou forêts. Des rochers de grès ponctuent différents sites picards dont Coincy et Molinchart dans l’Aisne, Mortefontaine et Péroy-les-Gombries dans l’Oise.
  • Certains secteurs à l’intérieur des terres présentent des parois verticales constituées de calcaire dur ou de schistes : parois de calcaire dur à Billy, Oeuilly, Saint-Gobain, Saint-Maximim, aux alentours de Creil. Les falaises sont de nature schisteuse dans le massif de l’Ardenne, à Hirson dans l’Aisne. Les falaises de Bloucart (Aisne), hautes d’une trentaine de mètres, abritent une espèce végétale protégée, très rare en Picardie : la Seslérie blanchâtre (Sesleria albicans). Cette graminée, fréquente dans les massifs montagneux, confère un étonnant caractère montagnard au site. La végétation s’installe dans des fissures et sur les pentes. Les variations thermiques importantes et le manque d’eau expliquent la présence de plantes de taille réduite, au port en coussinet, aux feuilles coriaces et aux racines longues.
  • Des cavités, espaces creusés dans le sous-sol rocheux, ponctuent la Picardie : ces cavités sont généralement artificielles, creusées pour protéger les hommes (par exemple lors des invasions normandes puis lors des guerres mondiales) ou pour l’extraction de bloc de pierres (carrières souterraines du Laonnois, Soissonnais, Compiegnois). La Picardie a la particularité de compter des «muches» comme à Naours dans la Somme. Ces galeries et chambres souterraines étaient tellement étendues qu’elles pouvaient accueillir plusieurs centaines de personnes avec leur cheptel. De nombreuses autres cavités parsèment le territoire picard comme la cavité de Larris Millet à Saint-Martin-le-Noeud, devenue site Natura 2000 afin d’assurer la préservation des chauves-souris y ayant élu domicile. Les cavités terrestres se caractérisent par une absence de lumière, une humidité élevée et une température assez constante.
  • Les carrières d’extraction de matériaux, nombreuses en Picardie en raison de la richesse du sous-sol, sont le fruit des activités humaines : exploitation de granulats alluvionnaires dans les vallées de l’Oise, de l’Aisne et du Thérain ; exploitation de sables industriels quartzeux, d’argile et de craie.

 

Une biodiversité atypique

La présence de végétation sur les rochers semble tenir de l’exploit, tant les conditions y sont rudes. Mais les végétaux développent des stratégies impressionnantes pour s’adapter à ces milieux minéraux : certains font des rejets de surface pour s’étaler et former des gazons, d’autres percent la couche détritique et forment des pousses feuillées dressées.
La dynamique de la végétation varie selon l’instabilité, la granulométrie, la quantité et la profondeur du sol, l’exposition, l’altitude, la nature de la roche… Dans des conditions très instables, la stratégie migratrice est privilégiée par les végétaux. Quand l’éboulis se maintient, apparaissent des espèces de pelouses, d’abord dans les parties les moins actives. Plus l’instabilité diminue, plus les pelouses peuvent se développer. Avec l’implantation d’arbustes, l’évolution de la végétation peut ensuite conduire à la lande sur les sols acides.
L’ombrage et l’humidité sont propices aux espèces d’ombre comme les fougères. Les végétaux chlorophylliens se font rares dans les grottes en raison de l’obscurité, sauf à l’entrée.
Les cavités sont par contre le refuge des chauves-souris mais aussi de certains insectes, arachnides et mollusques.

Les éboulis : un milieu en permanente évolution
Les éboulis ont la particularité d’être assez hétérogènes et de subir d’importantes variations thermiques journalières et annuelles. Des matériaux sont apportés fréquemment selon les glissements, la pente et la granulométrie dans ces milieux intégrant des micro-habitats aux conditions variées d’ombrage, d’humidité, de température... Ces milieux sont mobiles, notamment en hiver sous l’action de l’alternance gel - dégel, mais cette mobilité diminue avec l’âge de l’éboulis.
La végétation y est basse, couvrant 20 % à 50 % de la surface au sol quand l’éboulis est fixé. Les végétaux sont eux-mêmes adaptés à cette mobilité grâce à leur système racinaire, l’enchevêtrement de tiges, les rameaux couchés…
Les éboulis connaissent différents stades de peuplements végétaux. La phase pionnière est marquée par une faible couverture associée à une forte mobilité des graviers. Puis vient une phase de stabilisation marquée par le développement des plantes pionnières des pelouses écorchées en gradins. Enfin, une phase de vieillissement marque le passage aux pelouses calcicoles.

Evolution 

Il est difficile de suivre l’évolution de ces milieux tant ils ont souffert pendant longtemps d’un manque d’intérêt certain. Il semble toutefois que les éboulis soient en voie de régression. Liés à des phénomènes naturels, ils ne se maintiennent à terme que grâce à l’intervention de l’homme. La fixation progressive des boisements, le développement des infrastructures, les projets d’aménagement visant à «valoriser» ces espaces pour les mettre à profit, sont autant de facteurs de disparition. D’autre part, les activités de loisir peuvent générer des dommages, qu’il s’agisse de la recherche de fossiles, de la spéléologie ou de la fréquentation des cavités. Ces activités sont sources de dérangement pour un certain nombre d’espèces comme les chauves-souris.
Enfin, les traitements chimiques et mécaniques des accotements routiers sont peu favorables à la flore d’éboulis.

pour aller plus loin, vous pouvez consulter la base de données Clic Nat sur la faune et Digitale sur la Flore avec des liens sur ces sites