Les pelouses calcicoles

Lézards, papillons, vipères, orchidées, plantes aromatiques… la présence d’espèces «méridionales» peut étonner. C'est pourtant possible en Picardie, sur les pelouses calcicoles.

Ces milieux formés de tapis de végétations basses parsemées de plantes à fleurs, se retrouvent sur les pentes de terrains calcaires ensoleillés.

Voici des îlots de nature à préserver à plus d’un titre…

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Un air du sud

Lannoy-Cuillere GTComme leur nom l’indique, les pelouses calcicoles correspondent à des milieux herbacés généralement en pente, où le calcaire affleure en raison d’une faible épaisseur de sol.
En conjuguant sols secs, affleurement de la roche notamment sous l’effet de la pente et végétation rase, ces milieux bénéficient de conditions particulières proches de celles du sud de la France. S’y implantent des espèces méridionales qui profitent de la chaleur venant du sol (chauffé par le soleil, le calcaire restitue une part de la chaleur) et résistent à la sécheresse.
Les plantes à fleurs vont elles-mêmes attirer de nombreux insectes. Ces derniers servent à leur tour de nourriture aux oiseaux qui voient dans les pelouses des terrains de prédilection pour la chasse, même s’ils peuvent choisir de se reposer dans d’autres milieux tels que les bois.
Des sites dispersés Les pelouses calcicoles sont réparties sur l’ensemble du territoire picard, formant des tâches de petite superficie, très isolées les unes des autres.
Elles ont donné lieu à plusieurs appellations : on parle volontiers de larris dans l’ouest et de savarts à proximité de la Champagne.

Les pelouses calcicoles en chiffres :

  • 5 000 ha de pelouses calcicoles dont 3 000 ha au camp de Sissonne (Aisne)
  • 16,6% des espèces de plantes sauvages de Picardie

Un héritage du pastoralisme

Les pelouses calcicoles de Picardie doivent leur persistance au travail de l’homme, et plus particulièrement à la mise en pâturage par des animaux (moutons, chèvres ou bovins) : en l’absence de pâturage, elles tendent à disparaître, cédant la place à des formations arbustives et hautes.

 

 

Si l’on n’y prend garde, leur disparition s’opère en quelques étapes : dans un premier temps, des végétations de hautes herbes (appelées ourlets) apparaissent. Puis se mettent en place des fourrés calcicoles, par extension des lisières arbustives. Le pré-bois, après l’implantation d’arbres tels que bouleaux ou hêtres, constitue la dernière étape avant le boisement complet du larris ou du savart.

Evolution

Des milieux de plus en plus rares

Coteau-Fignieres-JCH-EEn moins de cent ans, la superficie des pelouses est passée de 100 000 à 5 000 ha. A l’origine de cette évolution, les changements de pratiques agricoles dans les années 1950, dont l’abandon du pastoralisme. Or, sans intervention humaine, la dynamique naturelle reprend vite le dessus et conduit à la fermeture des milieux. Ce phénomène a été accentué par la forte diminution des populations de Lapin de garenne depuis 1952, suite au développement de la myxomatose.
Les pelouses qui restent s’insèrent désormais dans des paysages complexes, associant pelouses et stades pré-forestiers. Elles sont de plus en plus espacées les unes des autres, ce qui empêche les plantes de se disperser. Dans le sud-est de la Picardie, l’extension de l’AOC Champagne constitue un risque pour les pelouses propices à l’exploitation de la vigne : cette culture pourrait s’y substituer.

Vers de nouveaux usages

Le temps des pelouses servant à l’approvisionnement en fourrage semble révolu, mais des initiatives pour conserver ces pratiques existent. De nouveaux usages se développent, souvent en lien avec les loisirs : les pelouses calcicoles sont d’autant plus adaptées aux activités de découverte de la nature, que ces milieux généralement escarpés et ouverts offrent des points de vue saisissants. Les coteaux d’Eclusier-Vaux et de Frise (Somme) en sont un bon exemple.

pour aller plus loin, vous pouvez consulter la base de données Clic Nat sur la faune et Digitale sur la Flore avec des liens sur ces sites