Les mares, marais, étangs et tourbières

Mares, marais, étangs et tourbières ont en commun la présence d’eau, de façon permanente ou temporaire. En apparence austères, les milieux humides continentaux d’eau stagnante abritent une profusion d’espèces et jouent un rôle de premier plan pour la ressource en eau. Les enjeux liés à leur préservation sont d’autant plus élevés pour la Picardie que ces milieux sont présents sur l’ensemble du territoire.

Du 1er juin au 13 octobre 2013: associations, collectivités et entreprises se... Lire la suite

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Une diversité source de richesses naturelles

Mares, marais, étangs, tourbières… quelles différences ?

  • Les marais se caractérisent par un sol en permanence gorgé d’eau. Ils sont recouverts par une couche d’eau stagnante, pouvant s’assécher l’été.
  • Souvent d’origine humaine, les mares sont généralement de petite taille (jusqu’à 5 000 m²), ne dépassant guère 2 m de profondeur.
  • Les étangs se caractérisent par une étendue et une profondeur plus importantes. Leurs eaux ne sont pas stratifiées à la différence d’un lac. Les étangs peuvent être bordés de végétation herbacée comme les roselières.
  • Les tourbières tirent leur origine de l’accumulation sur une longue période de matière organique provenant d’organismes incomplètement décomposés du fait des conditions anaérobies (milieux sans dioxygène).

Des milieux présents sur l’ensemble du territoire picard

Citer toutes les mares, marais et autres petites zones de humides est impossible, tant leur nombre est élevé en Picardie. Quelle commune ne connaît pas une zone humide ou une mare ?
Les vallées tourbeuses accueillent des marais et tourbières associées. Ainsi, la vallée de la Somme, le marais de la Souche et les marais de Sacy forment le plus grand ensemble de tourbières alcalines de France et d’Europe de l’ouest.
De vastes marais occupent l’arrière du littoral, représentant 3 000 ha. En dehors de ces vastes espaces, les petites zones humides sont réparties sur tout le territoire, n’excluant ni les buttes du Laonnois, ni les plateaux agricoles.

De nombreux services rendus

Les interactions entre l’eau, l’air et le sol sont à l’origine de leur étonnante richesse naturelle et fonctionnelle : elles favorisent la production biologique, allant de pair avec un foisonnement d’espèces animales et végétales.
En tant que réservoirs permanents ou temporaires, ces milieux jouent pleinement un rôle de régulation des débits : ils se gorgent d’eau en hiver et la restituent aux milieux environnants pendant l’été, permettant d’atténuer les phénomènes d’inondations et de sécheresse. Par l’évaporation qu’ils subissent, ils participent à la régulation locale du climat.
Moins connu, mais pourtant tout aussi réel, est leur pouvoir épurateur des nitrates, phosphates, pesticides, métaux lourds…, participant ainsi à l’amélioration de la qualité de l’eau.

Autrefois considérées comme insalubres, les zones humides étaient également des sites pouvant profiter directement à l’homme : production piscicole, chasse, production de roseaux, production de la tourbe utilisée comme combustible. Mais ces dernières productions prirent fin dans les années 1960. Aujourd’hui, les milieux humides accueillent un public varié pour le tourisme et les loisirs : l’organisation d’activités pédagogiques de découverte de la nature et de sensibilisation à l’environnement permet de modifier le regard du public sur ces milieux aux richesses encore trop souvent méconnues.610081204

Accueillant 27% des espèces végétales sauvages de Picardie, les milieux humides s’imposent par leur richesse : 350 espèces de plantes sauvages de milieux humides sont réparties équitablement dans les trois départements. Ces zones de transition entre terre et eau hébergent non seulement de multiples espèces végétales, mais aussi des oiseaux, des poissons, des amphibiens, des insectes.
En raison même de leur fragilité, ce sont les milieux comptant le plus d’espèces menacées (142). C’est dire si les enjeux sont élevés pour le patrimoine naturel picard.

  • Focus sur les tourbières :

En Picardie, la plupart des tourbières sont alcalines (pH>6), situées dans les fonds de vallées, au pied des cuestas et en arrière du littoral ; elles sont alimentées par la nappe phréatique de la craie. Plus ponctuellement, les tourbières acides (pH<4) représentent quelques dizaines d’hectares dans le Bray humide et le Laonnois.
Pour qu’une tourbière puisse apparaître, le bilan hydrique du secteur doit être positif : elle reçoit plus d’eau qu’elle n’en perd. Or, dans un environnement gorgé d’eau et soumis à un climat frais et humide, la matière organique a du mal à se décomposer. Celle-ci va donc s’accumuler pour se transformer en tourbe. Le secteur gorgé d’eau est favorable aux plantes typiques des tourbières, notamment les sphaignes. L’eau peut provenir de la pluie mais aussi de la nappe phréatique ou du ruissellement. Dans ce dernier cas, les tourbières deviennent bombées, comme à Cessières. Les végétaux peuvent alors ne plus être en contact avec l’eau qui alimente la tourbière. Si les pluies sont trop faibles, la tourbière s’assèche et la production de tourbe cesse. La tourbière est alors colonisée par des végétaux de milieux plus secs, conduisant à un boisement.

  • Focus sur les roselières

Difficiles d’accès, les roselières forment une ceinture entre terre ferme et eaux dormantes (1,5 m de profondeur maximale) se caractérisant par la présence de plantes aquatiques émergentes, dont le roseau. Si l’évolution des végétaux peut amener leur comblement progressif, l’homme est généralement à l’origine de l’accélération de ce phénomène : utilisation d’engrais favorisant l’eutrophisation, drainage, apport d’alluvions, destruction pour accéder aux plans d’eau, urbanisation… Or, les roselières permettent à certaines espèces comme le Butor étoilé de se nourrir, se protéger et nicher.
Exemples de plans de restauration des roselières : certains sites comme les marais de Pendé et de Belloy-sur-Somme bénéficient de programmes de coupe des ligneux, étrépage, création de dépressions, amélioration du fonctionnement hydraulique… Le Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard a lancé en 2010 un vaste programme de préservation des roselières. Celui-ci vise à renforcer le réseau de roselières, assurer leur restauration, entretien et valorisation.

Des milieux humides à suivre de près :

Les marais furent longtemps des lieux marqués par l’élevage et le pâturage extensif. Au cours du XXe siècle, cette pratique a fortement régressé, provoquant une banalisation des milieux : les espaces ouverts ont évolué vers des stades plus fermés, allant de formations végétales de hautes herbes (mégaphorbiaies) jusqu’au boisement.
L’évolution des pratiques agricoles a conduit à drainer de nombreux milieux humides ou à ne plus les entretenir. L’abandon du fauchage s’est traduit par la fermeture des milieux et donc par la disparition d’une grande partie des roselières, milieux humides ayant le plus reculé en Picardie.
De même, si les étangs furent autrefois des lieux à forts enjeux piscicoles, fréquemment exploités (jusqu’à la Révolution), ils doivent de nos jours répondre aux attentes d’une pêche de loisir. C’est dans ce cadre que s’organise généralement leur entretien.
Enfin, certains plans d’eau souffrent d’envasement parfois doublé de pollutions chimiques s’accumulant dans les sédiments.

 

pour aller plus loin, vous pouvez consulter la base de données Clic Nat sur la faune et Digitale sur la Flore avec des liens sur ces sites