Les bocages

Bucolique est le terme qui qualifie le mieux les paysages de bocage picards.

Milieux agricoles façonnés et entretenus par l’Homme, les bocages dessinent des mosaïques de prés et vergers entourés de haies vives qui structurent l’espace.

Du 1er juin au 13 octobre 2013: associations, collectivités et entreprises se... Lire la suite

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Le bocage, élément structurant de paysages identitaires

DSC01172CMJNLe bocage est une construction paysagère qui tire ses origines du défrichage des forêts puis de l’instauration de haies pour entourer les parcelles, et ainsi séparer cultures et pâtures. Traditionnellement, cette organisation offrait un double avantage : cantonner le bétail tout en fournissant des ressources, et marquer les contours des propriétés ou parcelles dans le cadre d’un habitat plutôt dispersé.

Composé de milieux variés (prés, vergers, mares…) structurés par un réseau de haies, le bocage forme des écrins de verdure.


Deux zones du territoire picard sont marquées par les paysages de bocage :
• à l’ouest : la Picardie dite normande dans le Pays de Bray et la frange occidentale de l’Oise « normande »
• au nord-est : le bocage de la Thiérache (Aisne).
De petites zones de bocage ponctuent le Noyonnais sur des buttes argileuses, la Brie dans le sud axonais et le Pays de Thelle. De façon plus diffuse, les prés et vergers en centre et tour de villages contribuent à créer des enclos verdoyants qui participent à la qualité paysagère.

Le bocage présente de multiples attraits :

  • Paysages : les haies suivent la topographie, soulignent les chemins, masquent des bâtiments… Elles contribuent à instaurer un charme certain dans les campagnes.
  • Biodiversité : zone de contact entre bois et prairies, le réseau de haies profite autant à des espèces forestières, qu’à des espèces des champs, de prairies ou de lisières. De multiples essences d’arbustes (prunelier, aubépine, églantier…) et d’arbres (chêne pédonculé, charme, frêne, merisier…) s’y développent, entremêlées de lierre, ronces et chèvrefeuille. Ce sont non seulement des lieux de prédilection pour le repos, la reproduction et l’alimentation d’une faune abondante, mais aussi des corridors biologiques.
  • Économie : les haies étaient autrefois très prisées, fournissant du bois aux multiples usages (clôtures, tuteurs, bois d’œuvre, bois de chauffage), du fourrage, des plantes médicinales, des fruits (châtaignes, noisettes, prunes, mûres, framboises…). Aujourd’hui, le bocage présente un attrait touristique de premier plan. Il est devenu un marqueur du terroir et son intérêt pour l’agriculture est reconnu. 
 Prairie en Thiérache  PA040657  

 La haie : belle et utile

On pourrait croire que le développement des haies entre en conflit avec l’agriculture en diminuant les surfaces en culture et en créant des obstacles. Ce serait oublier leurs impacts plus larges sur les équilibres ruraux.

  • Brise-vent et lutte contre l’érosion : les haies, si elles sont suffisamment hautes et longues, jouent un véritable rôle de brise vent. Elles font diminuer la vitesse du vent, ce qui peut s’avérer positif pour les cultures et la pollinisation. Les haies jouent également un rôle important dans la lutte contre l’érosion. Cet effet résulte tant du maintien du sol par les racines des plantes qui composent la haie, que du rôle de brise vent. Elles limitent les risques de coulées de boues.
  • Régulation hydrologique : les végétaux qui composent les haies ont un effet d’assèchement retardant la saturation des sols à l’automne et la remontée de la nappe. Le pompage de l’eau au niveau des racines des arbres oblige l’eau à s’infiltrer, ce qui ralentit le ruissellement, évite l’engorgement des réseaux d’eaux usées et favorise l’alimentation des nappes phréatiques. Les haies réduisent aussi la contamination des eaux en dégradant les polluants tels que nitrates et pesticides.

Différentes formes de haies :
• La haie taillée est constituée d’arbustes ne dépassant pas 2 m. Plantée de façon perpendiculaire à une pente, elle favorise l’infiltration des eaux et limite l’érosion des sols.
• Le petit brise-vent est composé d’arbustes de multiples essences de 3 à 8 m de haut. Sa base étoffée offre un abri contre les vents dominants. Pouvant atteindre 30 m de haut, le grand brise-vent intègre les trois strates de végétation (herbacée, arbustive et arborée).
• La bande boisée est un brise-vent d’une largeur de 10 à 12 m, composé de plusieurs alignements.
• La ripisylve borde les cours d’eau.

Un milieu qui joue en faveur de la biodiversité

SaulesLes strates floristiques du bocage représentent autant de micro-habitats (certains plus ombragés, d’autres humides…) qui favorisent le développement d’une faune diversifiée : oiseaux et insectes s’y nourrissent des fruits ou du nectar d’une myriade de plantes, les petits mammifères se cachent dans l’entrelacs des ronces, les batraciens se développent au gré des mares...
Les haies qui composent le bocage offrent des corridors de dispersion importants qui favorisent les déplacements d’espèces animales et de semences.
La place des haies dans le paysage entre parcelles agricoles et zones non cultivées (bois, landes, friches, bâti, cours d’eau), et leurs relations avec les haies voisines sont déterminantes : les haies mettent en contact des espaces ouverts et des milieux fermés, ainsi qu’une multiplicité de milieux agricoles (prairies, mares, cultures et vergers). Aussi, abritent-elles des espèces qui ne pourraient survivre dans les seules parcelles agricoles.


Une forte diminution ralentie par un regain d’intérêt pour le terroir bocager

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 50 588 ha de bocages en Picardie en 2000, contre 109 682 ha en 1970 (données INRA).
La fin de la seconde guerre mondiale a vu naître un fort accroissement des besoins alimentaires, favorisant l’intensification des cultures et le remembrement agricole. Les prairies bocagères se sont progressivement réduites en Picardie, avec des différences fortes selon les secteurs du territoire. Cela résulte d’une combinaison de facteurs : diminution de moitié du nombre de bovins, boisement de prairies, développement des grandes cultures, urbanisation, suppression de vergers, comblement des mares et suppression de haies.

La Thiérache est sans nul doute le secteur de bocage le mieux préservé de Picardie avec une mosaïque de mares, haies, vieux arbres et vergers de haute tige, même si la situation du bocage y reste fragile. Vient ensuite le Pays de Bray. Le bocage y est la traduction du système d’exploitation agricole qui s’est développé au XIXe siècle : système laitier-herbager, arboriculture de vergers de plein vent, exploitations de taille moyenne (environ 40 ha).

Depuis quelques années, le renouveau de la production locale et de produits du terroir (Maroilles, cidre fermier, bierres artisanales, beurre du Neufchâtel…), ainsi que le développement du tourisme rural sont autant de facteurs jouant en faveur du bocage.

pour aller plus loin, vous pouvez consulter la base de données Clic Nat sur la faune et Digitale sur la Flore avec des liens sur ces sites