Grandes entités écologiques

Du littoral ouvert sur la mer aux grands massifs forestiers, des vallées inondables aux vastes plateaux cultivés, des zones humides aux coteaux calcicoles, la Picardie présente de nombreuses entités écologiques qui sont autant de visages contrastés du territoire.

La répartition de ces entités sur le territoire est en grande partie liée aux facteurs géographiques et climatiques décrits dans les chapitres précédents, mais aussi aux activités humaines qui exercent une influence déterminante sur leur évolution.

L’atout de la Picardie est de pouvoir conjuguer une pluralité des richesses naturelles, pluralité qu’il convient de préserver dans un contexte général de pressions urbaines, de fragmentation des milieux et de régression de la biodiversité.

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Les espaces ouverts : pelouses et landes

La Picardie recèle différents types de milieux ouverts, où se développent des formations végétales basses.

Ces milieux, héritages du pastoralisme ou de l’élevage traditionnel, sont en forte régression. Leur aspect sauvage cache une grande diversité écologique et des espèces rares et menacées qu’il convient de protéger.

  • Pelouse calcicoleLes pelouses calcicoles, formations végétales herbacées peu denses, se développent sur des sols superficiels en terrains calcaires, ensoleillés et en pente. Très dispersées sur l’ensemble du territoire, elles ne représentent plus qu’environ 5 000 ha dont 3 000 ha sur un seul site. Les plantes d’affinité méridionale qu’accueillent ces pelouses sont menacées par l’embroussaillement, faute de pâturage ou d’entretien.
  • Landes en forêt d'ErmenonvilleLes landes, formations composées d’arbrisseaux tels que les bruyères, se développent sur sol acide. Elles ne représentent plus que 500 ha en Picardie, principalement dans le Laonnois, le Valois, le Tardenois et en Bray, dans des secteurs sableux. Les landes humides sont encore plus rares.

 

 

 

L’agropastoralisme contribue à maintenir certains espaces ouverts, tels que pelouses calcicoles ou landes.

 

Les cours d’eau

L’eau est présente partout à l’intérieur des terres picardes :

Rivière bordée de boisements (ripisylve)

 

  • étangs et mares dispersés sur tout le territoire,
  • fleuves (Bresle, Somme et Authie),
  • grandes rivières affluentes de la Seine (Oise et Marne),
  • maillage de rivières et ruisseaux.

 

Le vaste plateau calcaire picard, à la topographie relativement plane, est ponctué de larges vallées où serpentent des cours d’eau.


À l’est, sur les têtes de bassin, les cours d’eau sont plus rapides. Ces milieux de vie à part entière abritent sur leurs berges et dans leur lit, une flore et une faune originales, parfois menacées. Certains cours d’eau comme la Somme, la Bresle et l’Authie sont fréquentés par des espèces migratrices (Saumon atlantique, Anguille, Truite de mer, Lamproie marine et fluviatile…) utilisant à la fois des milieux d’eau douce et des milieux marins. De tels déplacements doivent pouvoir être maintenus.


Les zones humides qui jouxtent le lit mineur des cours d’eau sont de taille importante sur certains secteurs. Ces espaces sont essentiels au développement des amphibiens, insectes, oiseaux et poissons qui y trouvent des sites indispensables à leur reproduction.

 

 

 

Les forêts et boisements

MarronniersLa Picardie a la particularité de présenter une situation très contrastée en termes de bois et forêts : alors que l’on constate un taux de boisement inférieur à la moyenne nationale, le territoire bénéficie d’une grande variété de formations et d’un remarquable continuum forestier (près de 120 km depuis le sud de la Picardie vers le nord-est).

 

 

 

Les feuillus prédominent mais des massifs de résineux créent des ambiances originales (forêt d’Ermenonville, forêts de pins en arrière des dunes du littoral).

La diversité des milieux forestiers est l’expression d’une grande variété dans leur traitement (taillis, futaie…), la nature du sol (forêts calcicoles, acidiphiles*, neutrophiles*), leur position (forêts alluviales, forêts depente) ou leur vocation (secteurs forestiers exploités, secteurs laissés à un développement naturel).

Protéger les forêts picardes et l’ensemble des stades de développement de la forêt (dont les bois morts) demande de prendre en compte d’autres milieux auxquels sont liés les massifs (clairières, landes, lisières, pelouses, espaces cultivés attenants), de même que les bois, bosquets et haies qui parsèment le territoire.
Cette diversité des milieux forestiers picards explique la diversité des espèces animales, dont certaines sont emblématiques : Chat sauvage, chauves-souris, coléoptères remarquables...

Les espaces agricoles

Grandes culturesLa Picardie est traditionnellement un territoire tourné vers l’agriculture avec 70% du territoire régional dévolu à cette activité. Les grands plateaux dotés de sols fertiles sont largement dédiés à la culture intensive des céréales, de la betterave à sucre, de la pomme de terre…

Si les remembrements successifs et les évolutions des techniques agricoles ont contribué à une homogénéisation des paysages picards au XXe siècle, les réflexions autour d’une agriculture durable amènent à porter un regard nouveau sur la préservation d’éléments complémentaires aux espaces cultivés : bosquets, rideaux, talus, haies, mares, bâtiments agricoles, villages… Ces composantes des campagnes représentent des îlots de biodiversité qui abritent oiseaux, insectes et petits mammifères.

 

Les paysages de bocage ont fortement régressé, se limitant principalement aujourd’hui au Pays de Bray et à la Thiérache. Vergers, prés et mares s’y entremêlent dans un dédale de haies composées d’arbres et d’arbustes.

Ces paysages bucoliques, construits à des fins de protection et de production (élevage et polyculture) abritent une faune et une flore particulièrement riches, tout en représentant une nouvelle opportunité en termes de tourisme rural. 

La mer et le littoral

Sur seulement 70 km, la Picardie présente des milieux marins et littoraux hors du commun.

La baie de Somme qui bénéficie du label Grand Site de France® (alliant paysages d’exception et préservation du patrimoine naturel) accueille des myriades d’oiseaux ainsi que des colonies de Phoques veaux marins et de Phoques gris.

La mer et le littoralDu sud au nord, d’impressionnantes falaises de craie se dressent face à la Manche avant de laisser la place à un cordon de galets de 16 km puis à un exceptionnel massif dunaire entrecoupé de stations touristiques.

 

Ces paysages modelés par les vents et la mer offrent une mosaïque de milieux complémentaires, d’une grande richesse : vaste estran évoluant au rythme des marées et parcouru d’oiseaux limicoles à la recherche de vers, crustacés et jeunes poissons ; dunes blanches colonisées par l’Oyat, dunes grises parsemées de pannes humides ; renclôtures gagnées sur la mer ; mollières émaillées de chenaux et reconnues pour leurs prés salés…

Le Marquenterre représente tant une halte pour les oiseaux migrateurs, qu’une terre de tradition pour l’élevage extensif, la pêche et la chasse.

 

La richesse des milieux marins est à l’origine du développement d’une exploitation active qu’il convient de pérenniser par une gestion durable des ressources.

Les marais et tourbières

Marais de SacyLa Picardie possède l’un des plus vastes espaces de vallées et de marais tourbeux d’Europe, aux sols gorgés d’eau pendant une période plus ou moins longue de l’année.

Ces milieux humides sont principalement situés dans les vallées alluviales représentant 20 à 25 000 ha : vallée de la Somme, marais de Sacy et de la Souche, marais à l’arrière du littoral, etc. Leur présence est liée à la nappe phréatique affleurant à la surface d’une zone plate où stagne l’humidité.

 

 

 

S’y développent une flore originale (joncs, carex, sphaignes…) et une faune exceptionnelle.

Localement, on trouve quelques tourbières bombées acides en dehors des vallées, comme à Cessières. Leur sol tourbeux riche en matière organique a longtemps été exploité par l’homme qui a creusé de vastes étangs de tourbage.